Stop

Quand une femme dit NON
vous devez arrêter
quand un NOIR dit
« J’étouffe »
vous devez arrêter aussi

Dany Laferrière
Petit traité sur le racisme

 

Capsule sur le racisme systémique | Ligue des Droits et Libertés

Le racisme systémique – Vérité et conséquences avec Louis T

Le racisme systémique c’est un fait

Du racisme systémique au déni systémique

25 juillet 2016 

Je suis retiré de mon poste de chef gréeur par le chef machiniste d’alors, assigné comme préposé au chargement et déchargement des camions, victime de violence verbale et, du même souffle, traité de « criss de nègre » devant une dizaine de collègues par un chef d’équipe, puis renvoyé chez moi après 3h d’ouvrage à peine, et ce, malgré mes 11 années d’ancienneté et du fait que des dizaines de permissionnaires, des non-membres, œuvrent sur le site au même moment

19 août 2016

Suite au défaut de mon Employeur d’être intervenu adéquatement dans cette affaire, je dépose une plainte contre celui-ci au Tribunal d’arbitrage, Grief no 1, pour harcèlement et discrimination 

7 juin 2017

L’Employeur, la Société du parc Jean-Drapeau, reconnaît spécifiquement dans une entente à l’amiable, devant un arbitre médiateur, que j’ai été victime de propos racistes, d’isolement et d’exclusion, et qu’il a mal géré la situation, laquelle entente est reçue par le Tribunal d’arbitrage comme valant pour sentence arbitrale

31 juillet 2017

Malgré ce qui précède, à mon retour au travail, après un an d’absence chez cet Employeur, je suis obligé de travailler sous l’autorité de celui-là même qui m’a publiquement agressé verbalement et tenu des propos racistes à mon endroit

3 août 2017

Je dépose à nouveau une plainte, Grief no 2, contre mon Employeur suite au comportement vexatoire et discriminatoire répété de son employé à mon endroit depuis mon retour au travail, soit à peine 3 jours

27 juillet 2018

Je dépose une plainte selon les articles 47.2 et suivants du Code du travail contre mon Syndicat pour défaut de représentation, négligence grave, conduite arbitraire et discrimination à mon endroit pour ne pas m’avoir représenté adéquatement contre mon Employeur en prenant de facto parti pour celui qui a eu des comportements harcelants, racistes, et discriminatoires à mon endroit

2 août 2018

Je dépose une troisième plainte devant le Tribunal d’arbitrage, Grief no 3, contre mon Employeur pour avoir fait en sorte que l’auteur de l’agression verbale et des propos racistes à mon endroit en 2016, et des comportements harcelants et discriminatoires à mon endroit en 2017, soit reconduit au poste de chef machiniste le 24 juillet 2018, m’obligeant ainsi à quitter mon emploi où je ne suis pas encore retourné à ce jour

22 juin 2018

Un rapport d’enquête externe commandé par l’Employeur au mois de janvier précédent, lui est remis, rapport d’enquête qui exclut complètement l’aspect racial de ma plainte malgré qu’elle en soit le fondement même et, à ce compte, exonère à tout fin pratique l’Employeur

27 mai 2019

Le Contrôleur général de la Ville de Montréal, remet le rapport d’enquête qu’il a concocté suite à la dénonciation publique que j’ai faite, à titre de lanceur d’alerte lors des audiences publiques sur l’avenir de la Société du parc Jean-Drapeau, sur la manière que la Société applique, entre autres, sa propre Politique sur le harcèlement et la discrimination

Or, le rapport d’enquête exclut à son tour complètement l’aspect racial de ma plainte. Le Contrôleur général va même jusqu’à mettre en exergue, dans ledit rapport, le fait que celui qui a usé de violence verbale et de propos racistes à mon endroit en 2016, et contre qui pèse à nouveau des allégations de harcèlement et de discrimination en 2017, est considéré comme un très bon employé, efficace, un bon travailleur avec du leadership, un élément positif, une bonne ressource, alors que moi j’aurais tout simplement une réputation d’individu « très revendicateur » [sic], et ce, sans aucun égard pour mes propres états de service que vous pouvez toujours consulter à la rubrique CV

Outre le fait que je me demande encore aujourd’hui ce que vient faire ce genre de propos, du ouï-dire sans l’ombre d’une preuve, dans une enquête sur une plainte de harcèlement et de discrimination, je suis encore passablement renversé de constater que le simple fait pour un membre issu de la communauté racisée de revendiquer ses droits fondamentaux est considéré, encore aujourd’hui, comme étant « très revendicateur »… enfin, passons…

21 juin 2021

Après 2 ans et demi de procédures judicaires, 14 jours d’audience et au-delà de 100,000$ d’honoraires d’avocats pour ma part, le Tribunal administratif du travail rend son jugement et conclut que le Syndicat a manqué à son devoir de représentation et fait preuve de négligence grave dans mon dossier 

Blémur c. Alliance internationale des employés de scène de Théâtre, section locale 56, 2021 QCTAT 3070 (CanLII)

https://canlii.ca/t/jglxn

Autrement dit, le Tribunal a donné raison au « très revendicateur » ce qui, à tout le moins, démontre que la démarche était justifiée.

Seulement, fait pour le moins inusité, le Tribunal, à son tour, a complètement exclu la question raciale de sa décision alors qu’elle est non seulement au fondement même de ma plainte déposée le 27 juillet 2018, mais que le racisme et le racisme systémique dont je me dis victime ont largement été soulevés au moyen de multiple preuves tout à fait pertinentes tout au long des audiences, preuves pertinentes sur lesquelles le Tribunal a pourtant refusé de se prononcer : 

En voici un tableau sommaire

  1. Le syndicat nie que le poste de chef gréeur existe au parc Jean-Drapeau, alors que nous avons mis en preuve des listes d’appels créées par le Syndicat lui-même  portant la mention H-rig, ce qui signifie « head rigger » (chef gréeur en français) et qu’au moins 5 personnes ont occupées ce poste, toutes issues de la majorité blanche, alors que l’existence du poste de chef gréeur au parc Jean-Drapeau n’a jamais été contestée en ce qui les concerne;
  2. Que j’étais la seule personne issue de la minorité racisée à occuper un poste de chef de département lors d’événements à grands déploiements au parc Jean-Drapeau à l’été 2017;
  3. Qu’au mois d’avril 2018, des membres de l’Exécutif syndical ont accompagné l’auteur des propos racistes, des comportements harcelants et discriminatoires à mon endroit en 2016, et contre qui pèse de nouvelles allégations d’harcèlement et de discrimination en 2017, à l’enquête sur harcèlement commandée par l’Employeur, mais qu’ils ne m’ont jamais offert la même opportunité; 
  4. Qu’un membre de l’Exécutif syndical a soutenu, le 5 juillet 2018, que le nom de l’auteur des propos racistes et discriminatoires à mon endroit n’était pas mentionné dans l’entente du 7 juin 2017, alors qu’il l’est en toutes lettres;
  5. Que ce même membre de l’Exécutif syndical m’a retiré des listes d’appels le 28 juillet 2018,  soit au lendemain du dépôt de ma plainte au Tribunal administratif du travail, rompant ainsi mon lien d’emploi avec tous mes Employeurs, et ce, en contravention directe avec la procédure prévue dans nos propres Statuts et Règlements pour ce faire et sans que personne ne sache, ni même son propre Exécutif, d’où venait cette manœuvre ;
  6. Que le vice-président du Syndicat de l’époque a soutenu dans une publication de The Gazette, le 28 octobre 2019, que si tu traites quelqu’un de « criss de nègre » juste une fois parce que t’es en colère ce n’est pas du racisme. Suite à ces propos, il aurait, semble-t-il, démissionné de son poste de vice-président;
  7. Que ce même personnage, maintenant ex-vice-président, a soutenu lors de son témoignage devant le Tribunal, le 16 juin 2020, qu’il ne savait pas si traiter quelqu’un de « criss de nègre » juste une fois, sous le coup de la colère, était raciste, alors même qu’il était le titulaire de mon dossier depuis 2017 devant les différentes instances et, surtout, le signataire de l’entente du 7 juin 2017 où l’Employeur reconnaissait explicitement que j’avais été victime de propos racistes à l’été 2016
  8. Dans ce même témoignage, l’ex-vice-président a également reconnu m’avoir dit lors d’une rencontre de l’Exécutif, le 10 novembre 2017, qu’il avait sondé la profondeur de la méchanceté humaine avec moi et que se faire traiter de criss de nègre c’était pas pire que de se faire traiter de chauve;
  9. Que des membres du Syndicat ont utilisé mon nom et mon image dans les médias sociaux du Syndicat, Facebook et Instagram, le 4 novembre 2019, pour porter atteinte à mon identité en associant, entre autres, mon image à un gift animé racisé inapproprié, histoire de me souhaiter « joyeux anniversaire » ;
  10. Que sur 67 permissionnaires accueillis comme membres à part entière dans le Syndicat dans la période de 2017 à 2019, seulement 2 personnes étaient issues de la minorité visible.
  11. Que sur 12 membres faisant parti du Bureau exécutif syndical entre 2017 et 2019, seulement 2 membres étaient issus de la minorité racisée, dont moi-même qui ai quitté ce poste depuis
  12. Que malgré les conclusions de son propre rapport d’enquête à l’effet, entre autres, que le Syndicat avait manqué à son devoir de représentation, conclusions qu’il a lui-même avalisées sans ambages, dans une lettre qu’il m’a adressé le 7 septembre 2018, cela n’a pas empêché l’Employeur de soutenir tout de même le Syndicat, malgré tout ce qui précède, lors des plaidoiries au Tribunal administratif du travail, le 13 mai 2021, allant jusqu’à affirmer que dans les circonstances le Syndicat avait fait son possible.

 

Et là je vous fais grâce de toutes les insanités qui ont été dites sur mon compte tout au long de ces 2 années et demi de bataille judiciaire ou j’ai dû faire face à la diffamation la plus primaire, la mauvaise foi et les propos mesquins ou mensongers tenus tant par les représentants de l’Employeur que par ceux du Syndicat, parce que bien sûr un Négro dans un Tribunal ne peut pas avoir droit à son honneur et à sa réputation, ni à sa dignité

Mais ce qui m’interpelle vraiment au plus profond de mon être c’est le fait que lorsque toute cette histoire a fait irruption dans l’espace publique l’Administration montréalaise n’a rien trouvé de mieux que de se retrancher derrière le fait que l’affaire était devant les Tribunaux pour justifier un « no comment » retentissant. 

Or, premièrement le commentaire à saveur raciste du vice-président d’alors du Syndicat, rapporté par The Gazette, le 28 octobre 2019, n’était pas fait devant un Tribunal mais bien à une journaliste d’enquête chevronnée et rapporté tel quel dans son journal. Il était donc dans l’espace publique et il méritait une dénonciation sans équivoque de la part d’une Administration qui n’a cessé de claironner sur tous les toits dans les dernières années qu’à la Ville de Montréal c’était tolérance zéro en ce qui concerne le harcèlement, qui plus est lorsqu’il s’agit de racisme

Deuxièmement, lorsque l’affaire Mamadi III Fara Camara a fait irruption dans l’espace publique, l’Administration de Montréal n’a pourtant pas eu la même retenue pour clamer, le 4 février 2021, qu’il fallait libérer M. Camara immédiatement et soutenir qu’il était innocent de toutes les accusations portées contre lui, alors que l’enquête policière n’était pas encore terminée

Ici, il n’y a pas à s’y méprendre. Je salue l’intervention de l’Hôtel de Ville de Montréal qui a osé, malgré une position délicate, s’insurger publiquement devant une apparente grave injustice

Seulement, moi, ça ne fait pas 6 jours que je suis en  prison, ça fait 5 ans qu’on m’a jeté dans le cachot des cachoteries de la procédure judicaire et que, du même souffle, l’on m’a volé ma vie, mon honneur et ma dignité

Est-ce que c’est parce que ça se passe dans la cour arrière de la Ville de Montréal, la Société du parc Jean-Drapeau étant une société paramunicipale relevant de la Ville centre, que l’Administration prend prétexte que l’affaire soit devant les Tribunaux pour me regarder continuer à courir sur le tapis roulant des procédures judiciaires comme la Ville l’a fait dans les affaires Olthène Tanisma https://canlii.ca/t/fxsrt et Bela Kosoian ? https://canlii.ca/t/j3nsb ?

Pire encore, dernièrement, l’Administration montréalaise a beau dire qu’elle doit rester à l’écart de cette affaire, même si celle-ci va à l’encontre de toutes les valeurs qu’elle professe depuis quelques années sur le racisme systémique dans les sociétés de la Cité, il n’en demeure pas moins que ce sont les contribuables montréalais qui financent la bataille juridique que me livre la Société du parc Jean-Drapeau depuis les événements de 2016, puisque la SPJD reçoit une large partie de son financement de la Ville 

Alors, de ce point de vue, il est pour le moins extraordinairement troublant que l’Administration argue une pseudo neutralité pour laisser faire, ne serait-ce que parce que c’est précisément ce type d’argument qui contribue à maintenir en place le racisme systémique dans un système donné

Évidemment, je ne soutiens absolument pas que l’Administration doive s’ingérer dans l’arène juridique d’une affaire comme celle-là. C’est bien évidemment pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit plutôt du fait que la Ville a déjà permis que l’on mette son grain de sel dans cette affaire par le biais de l’enquête du Contrôleur général. Enquête totalement bâclée, pour ne pas dire plus, dont les conclusions ont assurément conforté la Société du parc Jean-Drapeau dans une position qui autrement serait devenue totalement intenable

Aussi, simplement de ce point de vue, la Ville de Montréal a une sacré responsabilité pour avoir fermé les yeux sur un rapport d’enquête qui est à ce point inique et vexatoire que s’en est pitoyable

Or, est-ce que l’Administration montréalaise aurait laissé pourrir une pareille affaire, procédures judiciaires ou pas, s’il s’était agi d’une femme, issue de la majorité blanche, à qui on aurait reconnu le fait qu’elle était bien une victime de harcèlement sexuel et qu’on aurait tout de même obligée à revenir travailler sous l’autorité de son harceleur?

Et, je ne veux même pas imaginer le sort que l’on m’aurait réservé si j’avais été l’auteur des comportements reprochés

De fait, le Contrôleur général en a fait congédier pour moins que cela, si on prend simplement l’affaire du journaliste à la circulation, M. Fluidité, qui a été congédié en 2017 par la Ville de Montréal alors même que l’enquête du Contrôleur général n’était pas même terminée. 

Mais, là, bien évidemment, ce n’est pas pareil. Ah, non, bien sûr, un Négro à qui on vole sa vie, c’est évidemment bien moins grave.

Et voilà où nous en sommes… harcèlement sexuel et harcèlement racial n’ont pas la même valeur dans l’échelle des humiliations et des indignités humaines, semble-t-il, à la Ville de Montréal, même si les deux touchent indifféremment l’essence de ce qui constitue l’Être. 

Le combat contre le racisme systémique devrait peut-être commencé par là…

Autrement, le racisme systémique risque d’avoir encore de beaux jours devant lui.

 

Notre campagne contre le racisme systémique Amnistie International – CANADA
https://www.youtube.com/watch?v=WqKSfscYbjI

Racisme systémique
https://amnistie.ca/campagnes/racisme-systemique