Rien de tel pour combattre une idée avec laquelle on est en désaccord
que de décréter que la réalité qu’elle décrit n’existe pas.

Christian Rioux
Le Devoir, 28 octobre 2021

 

 

Pour le Premier ministre du Québec, le racisme systémique en 2021 n’existe pas au Québec

https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2021-10-02/le-racisme-systemique-selon-francois-legault.php

Pour s’en convaincre, dernièrement, Monsieur le Premier ministre s’en référait publiquement à la définition d’un dictionnaire du mot systémique

https://www.lapresse.ca/debats/chroniques/2021-10-06/l-etroite-definition-du-petit-robert.php

L’ennui, c’est que si l’on appliquait la même définition au sexisme cela voudrait dire que le sexisme est une affaire d’individus (plus particulièrement mâles) et que cela n’a rien avoir avec le fonctionnement d’une société dite patriarcale dans sa structure comme dans ses rouages. Et pourtant…

https://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/Legalite-un-projet-inacheve.Fneeq_.pdf

 

Aussi, on voit bien qu’un mot n’est jamais qu’un mot dans les pages d’un dictionnaire et sa définition est, de par cette nature, sclérosée, fétichisée, dans les limbes, car il y manque un ingrédient essentiel pour que ce mot prenne vie :

 

le sens

 

Or, le sens d’un mot n’apparaît que dans le contexte de son emploi, toujours renouvelé, toujours en mouvement, comme la vie elle-même

Ainsi, le même mot revêtira selon le contexte dans lequel il est employé, poétique, scientifique, social, politique, ou autre, un sens différent, plus précis, plus vague, multiple, c’est selon… mais toujours au diapason du sujet dont il traite et non de la définition restreinte d’un dictionnaire

Dès lors, le sens du racisme systémique, c’est-à-dire de la discrimination systémique fondée sur la race, comme celui de la discrimination systémique fondée sur le sexe, a depuis longtemps et clairement été cerné par les tribunaux du Québec comme ceux du Canada : 

 

Ville de Gatineau c. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, 2021 QCCA 339 (CanLII)

https://canlii.ca/t/jdhjv

Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (Nyembwe) c.Ville de Gatineau, 2021 QCTDP 1 (CanLII)

https://canlii.ca/t/jcl51

Tanisma c. Montréal (Ville de), 2013 QCCS 2479 (CanLII)

https://canlii.ca/t/fxsrt

Gaz métropolitain inc. c. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, 2011 QCCA 1201 (CanLII)

https://canlii.ca/t/fm2tx

CN c. Canada (Commission canadienne des droits de la personne) [1987] 1 RCS 1114

https://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/6280/index.do

 

Dès lors, avec égards pour l’opinion contraire, nous devons sérieusement nous inquiéter du fait qu’un Premier ministre, qui a prêté serment de respecter la loi en accédant à la plus haute fonction de l’état québécois, peut continuer à soutenir, malgré tout ce qui précède, que le racisme systémique n’existe pas et, ainsi, influencer tous les suivants à sa suite.

Cela est d’autant plus inquiétant du fait que cette attitude va même jusqu’à influencer les tribunaux sur la recevabilité de la preuve comme cela est arrivé dans Blémur c. Alliance (https://canlii.ca/t/jglxn) où le Tribunal administratif du travail a refusé d’entendre des questions sur le racisme systémique sous prétexte que même le Premier ministre ne s’accordait pas sur la définition du racisme systémique.

Entendre cela d’un Tribunal est un comble, puisque que la discrimination systémique fondée sur la race est, comme nous l’avons constaté plus haut, un fait juridique maintenant incontestable.

À cet égard, la fermeture du système dans cette affaire est à l’image même du déni systémique du racisme systémique d’une frange de la société dont Blémur c. Alliance (https://canlii.ca/t/jglxn) est la victime involontaire depuis l’été 2016.

Ainsi, tous ceux qui ont eu à analyser la situation dans Blémur c. Alliance (https://canlii.ca/t/jglxn) ont éliminé du processus la question raciale et, ce faisant, ont permis que l’atteinte à la dignité, l’isolement et l’exclusion se poursuivent dans l’indifférence générale, alors même que 2 tribunaux à ce jour, le Tribunal d’arbitrage en 2017 et le Tribunal administratif du travail en 2021, ont reconnu que Blémur, c’est-à-dire moi, était une victime dans toute cette affaire. 

Malgré tout, la situation n’est toujours pas réglée de sorte que l’atteinte à ma dignité reste entière, ainsi que mon isolement et mon exclusion.