Cher Mister Brown,

Vous me pardonnerez cette petite badinerie sans malice, j’en suis certain, car à la vue de la couleur brune que vous semblez avoir adoptée à plus d’une reprise dans votre insouciante jeunesse j’ai constaté ces jours-ci que vous ne manquiez pas vous-même d’un certain humour guilleret.

Or, le tollé que cela a provoqué à travers tout le pays me laisse pour le moins perplexe.

Votre déconvenue me fait penser à ce pauvre Charlie Brown qui lui aussi s’est vu clouer au pilori de la bienséance et du bien pensant 50 ans après avoir invité à sa table un ressortissant d’une minorité visible dans un esprit bon enfant d’intégration raciale lors d’un spécial Thanksgiving.

En effet, comme dans votre cas, certains y ont décelé, de nos jours, un acte raciste en faisant une relecture plus qu’actuelle et hors contexte d’une intention peut-être quelque peu maladroite, mais datant tout de même d’une autre époque.

Pourtant, l’expression du racisme en ce monde est bien autre chose qu’un peu de peinture brune et une bande dessinée d’un autre temps, mais de cela vos détracteurs politiques n’en ont guère soufflé mot.

D’ailleurs, on pourrait même se demander, si ce n’est pas plutôt le fait que vous ayez osé traverser la barrière de la race dans un style décomplexé qui a le plus dérangé ces bonnes âmes de la rectitude.

Quoi qu’il en soit, sachez que, depuis plus de 3 ans, je lutte à armes inégales contre les mensonges d’un système qui, par son attitude,  a contribué à perpétuer un climat de harcèlement et de racisme en milieu de travail.

Ainsi, à l’été 2016, malgré un CV sans faille et 15 ans de loyaux services, je suis publiquement victime de propos racistes, d’isolement et d’exclusion.

Cela a beau avoir été reconnu dans un règlement hors cour entériné par le Tribunal d’arbitrage et valant comme sentence arbitrale,  l’historique des événements fait en sorte que je suis obligé, malgré tout, de quitter mon emploi à l’été 2018, et que je suis sans revenu d’aucune sorte depuis décembre de la même année, situation me laissant au cœur une Ecchymoz dont j’aurais très bien pu me passer.

Tout cela au moment même où, depuis plus de 2 ans, l’ensemble du milieu culturel québécois, milieu dont je fais partie, se mobilise pour contrer le harcèlement sous toutes ses formes à la suite de dénonciations de comportements scabreux au tournant de l’année 2017…

Aussi, depuis peu, j’ai choisi à mon compte d’œuvrer pour offrir un petit guide de survie à l’inacceptable à toute personne qui se retrouverait, bien malgré elle, à traverser, pour ainsi dire, L’amer en solitaire.

En outre, à l’heure où la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse exhorte Québec à adopter une politique globale de lutte contre le racisme et toutes formes de discrimination, je désire également, par cette contribution, porter le message qu’au  cœur de la loi il y a une communauté du Bien et qu’à cet égard aucune victime, quelle qu’elle soit, de comportements déviants ne devrait avoir à se sentir seule et abandonnée dans le système.

Et vous, cher Mister Brown, au-delà des sincères excuses que vous nous avez offertes, même si elles n’étaient pas nécessaires, maintenant que vous avez goûté, ne serait-ce que pour un bien bref moment, à ce que la couleur brune peut entraîner parfois d’injustice et de désobligeance, qu’êtes vous prêt à mettre en oeuvre aujourd’hui pour combattre les conduites déviantes sous toutes leurs formes ainsi que le racisme et la discrimination dans les milieux culturels qui bénéficient de subventions fédérales?

B.B.

 

Cc : Madame Valérie Plante, mairesse de Montréal
……..Monsieur François Legault, premier ministre du Québec